2026

Pour Nadia, pour ses enfants

Un lien profond unissait le village de Tharaux à Nadia, comme si sa présence en avait peu à peu redessiné les contours. Certaines personnes insufflent à un lieu une respiration nouvelle, une vibration plus ample. Nadia était de celles-là.

À seize ans déjà, elle écrit avec malice qu’« à Tharaux, pour y vivre, il faut être soit retraité, soit un peu fou ». Elle n’avait sans doute pas tort… Peut-être portait-elle déjà en elle, cette part d’audace qui allait la ramener, encore et encore, vers le village.

Enfant, elle suivait son père dans ses explorations souterraines, apprenant à apprivoiser la roche pour mieux s’enfoncer dans le secret des grottes. Elle y forgeait un rapport au monde fait de curiosité et de liberté.

Plus tard, elle revient à Tharaux avec ses quatre enfants – Niclas et Andreas, amoureux de la rivière et des sous-bois, Jutta, dont le violon faisait résonner d’autres paysages, et Angelina, complice de jeux et de rires. Quatre têtes blondes qui redonnèrent vie au bas du village, y semant une joyeuse effervescence : des éclats de voix, des courses sans fin, des allées et venues incessantes. Dans son van bleu, reconnaissable entre tous, Nadia traçait des kilomètres entre Tharaux et l’Allemagne, reliant deux vies, deux langues, deux mondes.

Professeure d’allemand, elle consacrait ses jours à ses enfants et ses nuits à préparer ses cours. Et pourtant, malgré sa maîtrise remarquable de la langue, elle gardait un léger doute sur son français.

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Toujours souriante, souvent rieuse, Nadia avançait avec une légèreté qui n’était qu’apparente. Derrière cette grâce se tenait une grande force intérieure.

Elle a affronté les complexités administratives comme les défis du quotidien avec une persévérance tranquille et depuis 2013 celles du cancer qui l’a éloigné de notre village pour se soigner.

Aujourd’hui, son absence creuse un vide, mais laisse aussi une vive empreinte. Celle d’une femme courageuse, d’une mère attentive, d’une présence lumineuse.

Une vie s’arrête, c’est la fin d’une histoire. Mais la mort engendre une nouvelle histoire, dont le défunt est le déclencheur et dont il n’a pas connaissance.
Pierric Bailly, L’homme des bois, P.O.L, 2017

C’est le monde de ceux qui restent qui se reconstruit, qui se réorganise avec la réalité de l’absence, de la perte, du manque – une réalité qu’il nous faut désormais apprendre à assumer.

Le conseil municipal

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